Chaque année, plusieurs millions de tonnes de plastique rejoignent les océans du monde. Pourtant, lorsqu’on observe une plage ou une étendue d’eau, seule une partie de cette pollution est visible. Le reste se disperse, se transforme ou s’accumule dans des zones souvent difficiles d’accès. Cette réalité soulève une question essentielle : que devient réellement le plastique une fois qu’il atteint la mer ? Pour comprendre son parcours, il faut d’abord revenir à son origine. Car bien avant de flotter entre deux continents ou de se fragmenter en microplastiques, le plastique est un produit industriel conçu pour durer. Cette qualité, qui a largement contribué à son succès, constitue aujourd’hui l’un des principaux défis environnementaux du XXIe siècle.
Article et photographies de Damien Lafon.

Comment est fabriqué le plastique ?
La majorité des plastiques utilisés aujourd’hui provient du pétrole ou du gaz naturel. Après leur extraction, ces ressources sont acheminées vers des raffineries où elles sont transformées en molécules chimiques. Parmi les plus importantes figurent l’éthylène et le propylène. Ces composés servent ensuite à fabriquer des polymères, de longues chaînes moléculaires qui constituent la base du plastique moderne. Selon leur structure, ils donnent naissance à des matériaux très différents, utilisés dans les emballages, les bouteilles, les textiles ou encore les équipements médicaux. Résistant, léger et peu coûteux, le plastique s’est rapidement imposé dans la vie quotidienne. Cependant, cette résistance présente une contrepartie. Contrairement aux matières organiques, il est très difficile à dégrader naturellement. Une bouteille en plastique utilisée quelques minutes peut ainsi persister pendant plusieurs siècles dans l’environnement.
Des villes aux océans, un voyage souvent invisible
Contrairement aux idées reçues, le plastique présent dans les océans ne provient pas uniquement des plages ou des activités maritimes. Une grande partie débute son parcours à l’intérieur des terres. Les déchets abandonnés dans les rues, les décharges ouvertes ou les zones industrielles peuvent être emportés par le vent ou les fortes pluies. Ensuite, les rivières les transportent jusqu’aux estuaires puis vers la mer. Dans de nombreuses régions tropicales, ce phénomène s’accélère pendant la saison humide. Les cours d’eau deviennent alors les principaux vecteurs de pollution plastique. Une fois dans l’océan, les déchets sont pris en charge par les courants marins qui peuvent les transporter sur des milliers de kilomètres. Certaines bouteilles ou certains emballages traversent même plusieurs pays avant d’atteindre une nouvelle côte.
Le saviez-vous ?
Une bouteille plastique rejetée dans l’environnement peut parcourir plusieurs milliers de kilomètres grâce aux courants marins avant d’atteindre une autre région du globe.

Pourquoi le plastique ne disparaît-il pas dans l’océan ?
De nombreux matériaux naturels se décomposent grâce à l’action des bactéries, des champignons ou d’autres organismes. Le plastique, lui, résiste à la plupart de ces mécanismes biologiques. Dans l’océan, il ne disparaît donc pas réellement. Sous l’effet du soleil, des vagues et du sel, il se fragmente progressivement en morceaux de plus en plus petits. Ce processus peut durer plusieurs décennies, voire plusieurs siècles selon le type de matériau concerné. Une bouteille en plastique peut nécessiter plusieurs centaines d’années pour se dégrader complètement. Durant cette période, elle continue d’exister sous forme de fragments toujours plus nombreux. Ainsi, même lorsque les déchets deviennent invisibles à l’œil nu, ils restent présents dans l’environnement marin.
Les microplastiques, une pollution désormais mondiale
Lorsque les fragments mesurent moins de cinq millimètres, les scientifiques parlent de microplastiques. Ces particules sont aujourd’hui présentes dans presque tous les océans. Elles ont été retrouvées dans les eaux de surface, dans les récifs coralliens, dans les régions polaires et même dans certaines fosses océaniques parmi les plus profondes du monde. Leur petite taille leur permet d’être facilement ingérées par le plancton, les poissons, les tortues marines ou les oiseaux de mer. Les particules remontent ensuite progressivement toute la chaîne alimentaire. Les chercheurs étudient encore les conséquences exactes de cette contamination. Cependant, leur présence généralisée démontre à quel point le plastique est devenu un élément durable des écosystèmes marins.
Le saviez-vous ?
Des déchets plastiques ont été retrouvés dans la fosse des Mariannes, à près de 11 000 mètres de profondeur, l’un des endroits les plus isolés de la planète.

Une grande partie du plastique finit au fond de l’océan
Pendant longtemps, les scientifiques se sont interrogés sur le devenir d’une grande partie du plastique rejeté dans les océans. Les quantités observées en surface semblaient bien inférieures aux volumes réellement déversés chaque année. Les recherches récentes apportent désormais une réponse. Une proportion importante de cette pollution finit par couler vers les fonds marins. Les particules s’associent parfois à de la matière organique ou à des sédiments avant de sombrer lentement. Elles s’accumulent alors dans les canyons sous-marins, les mangroves, les herbiers marins ou les plaines abyssales. Ces zones deviennent progressivement des réservoirs de pollution invisibles. Certaines pourraient conserver ces déchets pendant des centaines d’années.
Réduire les déchets reste la solution la plus efficace
Face à cette réalité, de nombreuses initiatives cherchent à collecter les déchets avant qu’ils n’atteignent l’océan. Ces actions sont importantes, mais elles ne permettent pas de récupérer les microplastiques déjà dispersés dans les écosystèmes marins. Une fois fragmenté, le plastique devient extrêmement difficile à éliminer. C’est pourquoi les scientifiques considèrent que la prévention reste la stratégie la plus efficace. Réduire la production de déchets, améliorer leur collecte et favoriser le réemploi permettent de limiter l’arrivée de nouveaux plastiques dans l’environnement. Le défi est considérable. Pourtant, comprendre le parcours du plastique, depuis sa fabrication jusqu’aux profondeurs océaniques, constitue une première étape essentielle pour mieux protéger les mers dont dépend une grande partie de la biodiversité mondiale.
FAQ
Les estimations scientifiques indiquent que plusieurs millions de tonnes de plastique rejoignent les océans chaque année par les rivières, les vents ou les activités humaines.
Non. Il se fragmente progressivement en particules plus petites mais ne disparaît pas réellement de l’environnement.
Il s’agit d’un fragment de plastique inférieur à cinq millimètres provenant de la dégradation de déchets plus importants ou de certaines activités industrielles.
Les particules peuvent s’alourdir avec le temps, s’associer à des sédiments ou à de la matière organique puis couler vers les fonds marins.
Non. Une grande partie de la pollution est désormais dispersée sous forme de microplastiques ou enfouie dans les sédiments marins, ce qui la rend très difficile à récupérer.
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