Avant que la lampe ne s’allume, il y a le silence. Derrière l’écran blanc, un Dalang ajuste ses marionnettes de cuir avec précision. À Bali, le Wayang Kulit relie récit ancien, rituel et communauté. Pourtant, cet art ne repose pas sur un seul homme. Il vit grâce à une transmission constante entre villages, familles et institutions artistiques.
Article et photographies de Damien Lafon

Le théâtre d’ombres comme mémoire vivante
Le Wayang Kulit puise ses récits dans les grandes épopées hindoues. Le Ramayana et le Mahabharata structurent les intrigues principales. Cependant, Bali a développé une esthétique propre et immédiatement reconnaissable. Les marionnettes sont découpées dans du cuir de buffle séché. Les artisans sculptent chaque détail avec patience et rigueur. Ensuite, ils appliquent des couleurs codifiées selon le caractère du personnage. Ainsi, un visage aux traits fins suggère la noblesse. Une posture rigide exprime la puissance. Le public identifie ces signes sans explication préalable.
Le Dalang, chef d’orchestre invisible
Le Dalang dirige l’ensemble de la représentation. Il manipule les figures, module sa voix et coordonne le gamelan. Pendant plusieurs heures, il maintient la tension dramatique sans interruption. Cependant, son rôle dépasse la performance artistique. Dans un contexte cérémoniel, il assume une dimension symbolique importante. La lampe représente la lumière sacrée. L’ombre évoque le monde invisible. Ainsi, le Wayang Kulit devient un espace de médiation entre visible et invisible, entre récit et rituel.
Une tradition portée par plusieurs générations
La transmission du Wayang Kulit prend plusieurs formes à Bali. Certains Dalang apprennent au sein de leur famille. Ils observent leur père ou leur maître pendant de longues années. Progressivement, ils prennent place derrière l’écran. Ils mémorisent les récits, les rythmes et les intonations spécifiques. Cet apprentissage repose sur la répétition et l’écoute attentive. Cependant, la transmission ne reste pas uniquement familiale. Elle s’ouvre également à un cadre plus structuré.
Le saviez vous ?
Certaines représentations traditionnelles durent toute la nuit. Le Dalang interprète alors des dizaines de personnages différents sans pause prolongée.


L’Institut Seni Indonesia et la formation académique
A Denpasar, l’Institut Seni Indonesia joue un rôle central dans la préservation des arts traditionnels balinais. L’établissement forme des artistes aux disciplines classiques et contemporaines. Le Wayang Kulit figure parmi les enseignements spécialisés proposés aux étudiants. Ils y apprennent la manipulation des marionnettes, la narration dramatique et la symbolique visuelle. Ils étudient aussi la musique et la structure des récits. Ainsi, la tradition entre dans un cadre académique sans perdre sa dimension rituelle. Les diplômés peuvent ensuite enseigner, performer ou revenir dans leur village.
Entre cérémonie religieuse et adaptation contemporaine
Le Wayang Kulit accompagne encore les fêtes de temple et les rites de passage. Ces représentations conservent un rythme long, souvent nocturne et collectif. Cependant, des formats plus courts apparaissent dans des contextes éducatifs ou culturels. Cette adaptation ne signifie pas dilution. Elle témoigne d’une capacité d’ajustement face aux évolutions sociales. Ainsi, certains Dalang formés à l’université naviguent entre scène académique et cérémonies villageoises. Le cycle de transmission continue, malgré les transformations du monde contemporain.
Observer les ombres aujourd’hui
Observer un Dalang dans l’ombre révèle un équilibre fragile. Derrière l’écran, la chaleur, la concentration et le souffle dominent. Le public ne perçoit que la projection lumineuse. Pourtant, cet instant repose sur des années d’apprentissage et de discipline. Il relie mémoire, technique et responsabilité culturelle. Finalement, le Wayang Kulit à Bali ne représente pas un vestige figé du passé. Il incarne une tradition vivante, portée par des individus, soutenue par des institutions et inscrite dans le présent.
Le saviez vous ?
Le Dalang doit mémoriser des centaines de séquences narratives. Il adapte également son récit selon le contexte du village, de la cérémonie ou du public.

Regard Terra Cultura
À travers nos explorations visuelles en Indonésie, nous observons comment certaines traditions résistent au temps par adaptation plutôt que par rigidité. Le Wayang Kulit à Bali illustre cette dynamique subtile. Derrière chaque ombre projetée se cache un réseau de transmission, de formation et d’engagement personnel. Documenter ces pratiques signifie écouter avant de filmer, comprendre avant d’interpréter et respecter le rythme propre à chaque communauté.
FAQ – Wayang Kulit à Bali
Qu’est ce que le Wayang Kulit ?
Le Wayang Kulit est un théâtre d’ombres traditionnel balinais utilisant des marionnettes en cuir. Il met en scène des récits issus des épopées hindoues et de la tradition locale.
Quel est le rôle du Dalang ?
Le Dalang manipule les marionnettes, raconte l’histoire, change de voix pour chaque personnage et coordonne la musique du gamelan. Il agit également comme médiateur symbolique lors des cérémonies religieuses.
Le Wayang Kulit existe t il encore aujourd’hui à Bali ?
Oui, le Wayang Kulit reste pratiqué dans les villages, les temples et certaines institutions culturelles. Il continue d’évoluer tout en conservant ses fondements traditionnels.
Où apprend on à devenir Dalang ?
Certains apprennent au sein de leur famille. D’autres suivent une formation à l’Institut Seni Indonesia à Denpasar, qui propose un enseignement spécialisé en arts traditionnels.
Les représentations durent elles toute la nuit ?
Dans le cadre cérémoniel traditionnel, certaines représentations peuvent durer plusieurs heures, parfois jusqu’à l’aube.
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