Le clou de girofle, petit mais puissant, a traversé les siècles et les continents. Originaire des îles Maluku, en Indonésie, il a longtemps été au cœur des routes commerciales. Déjà utilisé en Chine dès le IIIe siècle avant notre ère, il faisait aussi partie des épices précieuses échangées en Europe au Moyen Âge. Ainsi, son parfum puissant, sa saveur piquante et ses vertus médicinales en ont fait une ressource stratégique.
Article Damien Lafon et photographies de Sandra Devi.


Un cycle saisonnier crucial à Bali
À Bali, la récolte du clou de girofle a lieu chaque année entre juin et septembre, principalement dans le nord de l’île. Dans les régions de montagne comme Buleleng et autour de Singaraja, les familles organisent leur emploi du temps autour de cette période. Alors, très tôt le matin, hommes et femmes grimpent aux arbres à l’aide d’échelles traditionnelles. L’activité de récolte s’appelle “ngalap cengkeh”. Elle demande patience, agilité et coordination. Chaque bourgeon floral est cueilli à la main pour éviter d’endommager l’arbre. La récolte est ensuite triée sur place.
Transformation du clou de girofle avant la vente
Après la récolte, les clous sont séparés de leurs tiges dans une étape appelée “ngepik cengkeh”. Cette opération est essentielle, car les tiges sont vendues à part. Le processus se fait manuellement, souvent en famille, sur des nattes tressées. Ensuite, les clous de girofle sont exposés au soleil sur des tapis appelés “sidi”. Le séchage peut durer plusieurs jours. Cette étape est cruciale : les clous mal séchés perdent en qualité et en valeur marchande. La météo joue un rôle majeur. En saison humide, le séchage devient plus difficile, parfois risqué.
Le saviez-vous ?
Le clou de girofle n’est pas une graine mais un bouton floral séché, cueilli juste avant son éclosion.


Entre prix du marché et savoir-faire paysan
De nos jours, à Singaraja, les prix varient fortement selon que le clou de girofle est séché ou non. En 2025, le kilo séché se vend environ 115 000 rupiahs, contre 35 000 rupiahs pour des clous frais. Cette différence pousse les producteurs à maîtriser chaque étape de transformation, malgré les aléas climatiques. La vente se fait souvent par l’intermédiaire de collecteurs locaux. À Kampung Tinggi, une coopérative reçoit les cargaisons, les trie, et les revend aux usines. Les producteurs peuvent parfois négocier directement, mais les grandes quantités exigées par l’industrie rendent cela difficile pour les petits exploitants.
Clou de girofle : un trésor pour la santé
En dehors de son usage culinaire, le clou de girofle est réputé pour ses propriétés médicinales. Riche en eugénol, il possède des effets antiseptiques, anti-inflammatoires et anesthésiants. C’est pourquoi, il est souvent utilisé pour soulager les maux de dents ou les troubles digestifs. De plus, des études ont montré son action bénéfique sur le foie et le système immunitaire. En infusion, en huile essentielle ou en poudre, il s’intègre dans de nombreuses pratiques médicinales en Asie du Sud-Est et ailleurs.
Le saviez-vous ?
En Indonésie, le clou de girofle entre dans la composition du kretek, une cigarette traditionnelle aromatisée très populaire dans le pays.
Vers une valorisation durable du clou de girofle
Face à la volatilité des prix et à la concurrence mondiale, certaines communautés misent sur des modèles plus durables. Des formations locales encouragent l’usage de pratiques agroécologiques. Cependant, on voit aussi émerger des projets de transformation artisanale : fabrication d’huiles essentielles, savons ou produits cosmétiques à base de clou de girofle.
En effet, ces initiatives valorisent davantage le travail des producteurs et permettent de diversifier les sources de revenus. C’est pourquoi, à Bali comme ailleurs, le clou de girofle reste une ressource vivante, à la croisée des traditions et des évolutions du monde agricole.
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